une grand-mère raconte le retour de Syrie de ses petits-enfants

En 2019, les petits-enfants de Françoise ont été rapatriés en France, après plusieurs années en Syrie. Malgré leur passé, les enfants ont réussi à s’intégrer et sont aujourd’hui “apaisés”, affirme leur grand-mère.

“Ils vivent comme des enfants normaux. Ils vont à l’école, sont entourés de copains…” Pourtant, leur passé n’a rien d’ordinaire. L’un des petits est né dans l’Union européenne avant d’être emmené en Syrie par sa mère, endoctrinée par la propagande de l’organisation Etat islamique. Les autres membres de la fratrie sont nés là-bas.

Ensemble, ils ont passé une longue période dans un camp de prisonniers jihadistes en Syrie. S’ils ont un temps été ”protégés par leur mère”, raconte leur grand-mère à BFMTV.com, celle-ci est morte en 2018 et les enfants se sont retrouvés orphelins. Ce n’est qu’en 2019 qu’ils ont pu rejoindre leur famille en France, après un long combat mené par leurs grands-parents et leurs avocats, Mes Marc Bailly et Martin Pradel.

“Ces enfants sont des victimes”

Alors que la France, sous pression d’organisations internationales et des familles, a procédé ce mardi à un nouveau rapatriement – 15 femmes et 32 enfants détenus dans les camps du nord-est de la Syrie -, Me Bailly dit “se réjouir” que ces opérations se poursuivent. Selon les estimations de la Chancellerie en octobre dernier, environ 300 mineurs français ayant séjourné dans des zones d’opération de groupes terroristes sont rentrés en France, dont 77 par rapatriement.

“Après plusieurs condamnations de la France par les Nations unies et la CEDH, plus personne ne peut douter que ces enfants sont des victimes et qu’ils doivent être rapatriés. Ces enfants méritent mieux que les étiquettes qu’on leur colle.”

Et d’ajouter: “Parmi les familles que nous représentons, l’adaptation des enfants revenus de Syrie se passe très bien.”

Des enfants “sous-alimentés”

Le chemin a été long et fastidieux avant que les petits-enfants de Françoise* puissent enfin sentir l’étreinte chaleureuse de leurs grands-parents.

“A leur arrivée en France, ils ont été hospitalisés pendant une quinzaine de jours car ils étaient en détresse physique, particulièrement sous-alimentés”, nous livre-t-elle.

Durant cette période, Françoise et son mari n’ont pas pu leur rendre visite, “nous devions d’abord attendre les résultats des test ADN afin de prouver notre lien de filiation”. Les enfants ont ensuite été placés ensemble dans une même famille d’accueil, choisie par l’Aide sociale à l’enfance (ASE). Quelques mois plus tard, après de nombreuses investigations, Françoise et son époux ont obtenu un droit de visite de la part du juge des enfants chargé de leur dossier.

“Quand nous les avons vus pour la première fois, l’émotion a été très forte. Ils sont tout de suite venus dans nos bras, nous avons fait un goûter ensemble, nous avons joué avec les petits”, se souvient leur grand-mère qui salue le travail effectué par l’ASE “pour que les enfants apprennent à nous connaître. Leur famille d’accueil a aussi joué le jeu en leur parlant de nous régulièrement”.

“Dès la deuxième rencontre, ils nous ont appelés ‘papi’ et ‘mamie'”, sourit Françoise, la voix pleine de douceur.

“Un cadre familial sécuritaire et de l’amour”

Petit à petit, les grands-parents et les enfants ont passé des journées entières ensemble, puis des week-end, des vacances… “Ils ont finalement emménagés avec nous il y a trois ans”. “Aujourd’hui, les enfants vont très bien. Ils sont bien intégrés, ils travaillent bien à l’école, ils ont des copains, jouent dans un club de sport, ils sont curieux. Ils n’ont plus de suivi psychologique, ils sont apaisés”, décrit Françoise.

Les souvenirs des premières années de leur vie, en Syrie, n’ont toutefois pas été effacés. “Ce n’est pas tabou pour nous. Nous les laissons raconter, nous poser des questions et nous leurs répondons. Ils évoluent au quotidien et doivent se reconstruire pas à pas avec leur passé”, soutient la grand-mère. Pleine d’assurance et d’optimisme, Françoise conclut: “Au vu de ces dernières années, je suis sereine. Un cadre familial sécuritaire et de l’amour leur permettront de se reconstruire.”

*Le prénom a été modifié à la demande de l’intéressée

Ambre Lepoivre Journaliste BFMTV