TOUT COMPRENDRE. La Tramontane souffle de moins en moins, on vous explique pourquoi c’est inquiétant

La Tramontane a moins soufflé en 2022 et pourrait souffler de moins en moins. Les conséquences de ce phénomène seraient alors importantes pour la biodiversité, le climat et l’environnement. Explications.

Les habitants du Languedoc et plus particulièrement du Roussillon ne s’en plaindront peut-être pas beaucoup, mais les faits sont implacables : la Tramontane n’avait pas si peu soufflé en une année depuis 1981.

Ce vent du Nord, bien connu dans l’Aude ou les Pyrénées-Orientales, n’a soufflé en effet que 90 jours en 2022, contre 122 en moyenne sur la période 1981-2010, a constaté Florence Vaysse, référente Météo France Sud Est auprès de nos confrères de France Bleu.

Diminution prévue à l’avenir

Et si l’on associe plutôt les incendies, canicules ou sécheresses au réchauffement climatique, la baisse du vent en est une conséquence supplémentaire. Selon une étude se basant sur des simulations produites par le CNRM (Centre national de recherche en météorologie), publiée en 2017, “la plupart des simulations montrent une diminution des fréquences de Tramontane et des durées moyennes des périodes au cours du 21e siècle“.

Sur 2022, sécheresse et canicule sont en lien avec la chute du vent, comme l’explique auprès de l’Indépendant, Florence Vaysse. C’est “la conséquence du blocage anticyclonique qui a dominé l’an dernier. Nous avons vécu une année chaude et sèche à cause de ce phénomène, provoquant une panne de la Tramontane”. Et si ce phénomène a été particulièrement prégnant en 2022, il pourrait s’ancrer dans la régularité. “Dans les scénarios les plus pessimistes, on observe une diminution encore plus marquée de la Tramontane avec des conditions anticycloniques durables”, poursuit Météo France.

L’écosystème marin en danger

Et cette diminution n’est pas sans conséquence. Notamment du côté des écosystèmes marins. Comme l’explique le CNRS (Centre national de la recherche scientifique) dans un article publié en 2021, en Méditerranée du nord et tout particulièrement le Golfe du Lion se déroule un phénomène de “ventilation”, essentiel. 

La Tramontane comme le Mistral, refroidissent les eaux de surface et ainsi, font augmenter leur densité, déclenchant ce qui s’appelle la “convection profonde”. “Les eaux de surface devenues brutalement plus denses ‘coulent’ et se mélangent avec les eaux plus profondes jusqu’à 2 000 mètres de profondeur, leur apportant de grande quantité d’O2 (dioxygène, NDLR). Ces nouvelles eaux profondes se répandent ensuite dans toute la Méditerranée occidentale, complétant ainsi le processus de ventilation”, note le CNRS.

En résumé, ce phénomène, propre au Golfe du Lion, est essentiel pour l’ensemble de l’écosystème méditerranéen. “L’évolution de la ventilation des eaux intermédiaires et profondes de la Méditerranée dans les décennies à venir est une préoccupation majeure. Elle pourrait être moins efficace en raison du réchauffement des eaux en surface lié au changement climatique”, prévient le CNRS. 

Pollinisation et prévention des maladies

Au-delà de ce rôle essentiel pour la biodiversité marine et le climat, la Tramontane joue un rôle de pollinisateur également crucial dans le Roussillon, souligne BFM, citant notamment une note du ministère de l’Agriculture. Dans celle-ci, consacrée à l’appellation “abricot rouge du Roussillon”, l’Institution évoque la “présence de ce vent fort, très actif au printemps, [qui] assure la pollinisation de ces variétés auto-fertiles, accélère la maturité et évite le développement de maladies cryptogamiques“.

Seule consolation, peut-être en 2022, la Tramontane, plus discrète, a moins attisé les étincelles dévastatrices, pouvant provoquer des incendies géants facilités par la canicule et la sécheresse, hors du commun l’an dernier.