« Nous pouvons obtenir des résultats spectaculaires grâce aux protocoles mis en place »

La secrétaire d’Etat à l’enfance, Charlotte Caubel, lors du premier conseil des ministres du gouvernement Borne, à Paris, le 23 mai 2022.

Trente-deux enfants et quinze femmes françaises ont été rapatriés depuis les camps syriens vers la France, mardi 24 janvier. Ce qui porte à 295 le nombre de mineurs de retour de la zone irako-syrienne pris en charge par les services de l’Etat.

Ancienne magistrate responsable de la Protection judiciaire de la jeunesse (PJJ), ex-conseillère justice d’Edouard Philippe à Matigon, Charlotte Caubel est secrétaire d’Etat à l’enfance depuis mai 2022. Elle justifie la politique d’accueil mise en place par la France, alors que Paris a été condamné, le 16 janvier, par le Comité des Nations unies (ONU) contre la torture, saisi en 2019 par des familles, pour « traitements inhumains ou dégradants » des femmes et enfants restés en Syrie.

Que pensez-vous du changement de politique concernant les femmes françaises djihadistes présumées et leurs enfants avec l’organisation de retours massifs depuis juillet 2022 ?

Nous avons toujours indiqué que ces mineurs ne sont pas responsables de la radicalité de leurs parents. Ils n’ont pas choisi d’aller là-bas, ils sont Français, ils sont mineurs, ils ont droit à une protection. Je n’ai aucun état d’âme là-dessus. Je le dis d’autant plus facilement que les associations de victimes de terrorisme le disent aussi.

Les impératifs de sécurité ont-ils changé ?

Ils restent les mêmes. Il faut être attentif aux conditions de rapatriement sur place qui sont de plus en plus complexes parce que la situation se dégrade. D’autant qu’il y a un processus nécessaire d’identification des ressortissants français sur place, dans les camps. J’insiste aussi sur le fait que nous ne pouvons pas ramener des enfants sans l’accord de la mère. Et enfin, nous ne sommes pas dans le cadre de procédures d’extradition.

Nous travaillons en amont pour permettre le meilleur accueil possible. Nous sommes dans une bonne dynamique désormais. Notre expérience est très regardée par nos voisins.

Redoutez-vous des réactions de rejet en France ?

Il était important de rassurer et de sécuriser nos concitoyens. Il est de la responsabilité de l’Etat d’être attentif aux familles accueillantes : il faut écarter tout risque possible de radicalisation ultérieure des enfants. Je suis aussi très attentive à ce que les retours ne suscitent pas de stigmatisation de ces enfants qui les mettrait au ban de notre société.

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De fait, nous n’avons pas eu de réaction négative sur ce sujet. C’est dû au fait que les retours ont été très préparés par les services de l’Etat, en parfaite interdisciplinarité autour des préfets. Nous devons être extrêmement attentifs à la façon dont s’écrit l’histoire de ces enfants parce qu’ils vont grandir, devenir des adultes et un jour avoir leurs propres enfants devant lesquels ils devront répondre de leur histoire.

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